Des cultures sans phytos peuvent être rentables, selon une étude
Des systèmes de culture sans phytos peuvent produire « un revenu net agricole supérieur à l’équivalent d’un salaire minimum par mois », selon une expérimentation conduite sur plusieurs sites en France entre 2012 et 2022.
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Des systèmes de cultures ont été conduits pendant dix ans sans produit phytosanitaire, y compris les traitements de semences (1). Le dispositif expérimental Rés0pest s’appuyait sur neuf sites en France, représentant une diversité de conditions pédoclimatiques et de contextes économiques. Le recours aux engrais de synthèse était en revanche possible au sein du réseau. L’étude montre dans ces systèmes de culture sans phytos « qu’il est possible d’obtenir des rendements comparables à ceux des systèmes conventionnels ».
Quant au revenu net agricole, il est, dans certains cas, « supérieur à l’équivalent d’un salaire minimum par mois dans tous les scénarios de prix de 2013 à 2022 ». Ce résultat positif a été obtenu sur quatre des sites expérimentaux : à Auzeville (Haute-Garonne), Bretenière (Côte-d’Or), Estrées-Mons (Somme) et à Grignon (Yvelines), précise l’étude publiée dans la revue scientifique Plant Disease.
Le revenu est supérieur dans les systèmes de grandes cultures
Notamment, « dans le système de culture incluant la betterave sucrière dans la rotation des cultures et testé à Estrées-Mons, le revenu net agricole était, en moyenne, plus de trois fois supérieur au salaire minimum national mensuel », ce qui est considéré comme élevé par les auteurs de l’Institut national de la recherche pour l’agronomie, l’alimentation et l’environnement (Inrae) pilotant l’étude. « Ce résultat est particulièrement remarquable en France », soulignent les chercheurs, « étant donné la dépendance de la betterave aux insecticides tels que les néonicotinoïdes ».
En revanche, sur des sites comme Le Rheu (Ille-et-Vilaine), Lusignan (Vienne), Nouzilly (Indre-et-Loire) et Mauguio (Hérault), le revenu net agricole est tombé en dessous de l’équivalent d’un salaire minimum par mois. Mais les calculs concernaient uniquement les productions végétales, et excluaient les revenus et coûts liés au bétail dans les systèmes de polyculture-élevage, ce qui peut, selon les auteurs, expliquer les chiffres inférieurs sur les sites du Rheu, de Lusignan ou de Nouzilly. « Des considérations supplémentaires doivent être intégrées dans le modèle économique de ces systèmes », suggèrent les auteurs.
Les résultats sont « prometteurs »
Les résultats obtenus au sein de Rés0pest « sont en accord avec les études récentes montrant que la productivité et la rentabilité des cultures sont atteignables avec une réduction considérable de l’utilisation des pesticides », estiment les chercheurs.
De plus, ces systèmes ont été étudiés sous l’angle du développement durable et de ses trois piliers, économique, social et environnemental. La contribution des systèmes de cultures Rés0pest est « généralement élevée sur l’ensemble des sites », selon les résultats de l’étude. Les sites d’Auzeville et Estrées-Mons ont même présenté « une performance très élevée dans les trois composantes », montrant pour les chercheurs que « les systèmes de cultures arables sans pesticides peuvent être réalisables dans des contextes socio-économiques et environnementaux totalement différents ».
« Dans l’ensemble, les résultats obtenus dans Rés0Pest sont prometteurs, surtout si l’on considère que le réseau n’a bénéficié d’aucune prime de prix pour la production de cultures sans pesticides », concluent les auteurs.
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